• Lucie Delarue-Mardrus imagine l’an 2030, en 1930.

     

     

    Billet de la Parisienne

    Chacun des siècles qui ont précédé le nôtre s’est considéré comme moderne, et l’était en effet an regard du passé. Nous autres, avec nos inventions, nos découvertes, nos audaces multipliées, et qui, chaque jour, faisons « de plus en plus fort » nous avons sans doute plus qu’aucune autre époque l’impression que nous ne nous démoderons pas, que nos trouvailles mécaniques, pratiques, que notre confort et notre rapidité ne sauraient être dépassés.

    Et pourtant !

    Il est amusant de se dire qu’un temps viendra fatalement où nous serons pour nos successeurs ce que sont pour nous le Moyen âge ou le siècle de Louis XIV ou la période des crinolines et des diligences.

    Nous nous croyons très différents de ces époques qui nous semblent si naïves et si pittoresques. Cependant nous leur donnons la main beaucoup plus étroitement qu’il n’y paraît.

    Avouerai-je que j’ai longuement médité là-dessus, l’autre jour, en découvrant, tandis qu’un embouteillage m’en laissait le long loisir, que le képi de nos sergents de ville portait, toute petite réduction, le blason de la Ville de Paris ?

    Un blason, tout comme sur le pourpoint des jeunes pages médiévaux ? Cette découverte m’a fait me rendre compte du reste. Car, somme toute, assise dans mon taxi, n’étais-je pas tout simplement en carrosse ? Les chevaux avaient disparu, c’est vrai, mais le principe était exactement le même. Quatre roues, un siège où se prélasser, des glaces qui séparent de la foule, un salon exigu dans lequel on se fait traîner…

    La lumière des rues était électrique, soit ; mais j’en voyais le foyer comme mes ancêtres voyaient celui des torches, puis des flambeaux, puis des lanternes de corne, puis des réverbères d’abord à huile, ensuite à gaz… Et puis quoi ?… Je faisais encore partie de l’an mil, après tout, additionné, c’est vrai, de neuf siècles, mais qu’est-ce que cela, tant que le 1 initial n’est pas encore devenu le 2 qui suivra ?

    Ah ! quand, sur le taximètre du temps, ce numéro-là changera, ce sera peut-être vraiment autre chose ! En l’an 2030, des rêveurs, des poètes soupireront en songeant à nous : « Que j’aurais voulu vivre à cette époque ! »

    Ils nous évoqueront avec nostalgie, nous serons devant eux une belle image du passé. Ils organiseront des bals costumés, des reconstitutions, ils riront de songer que nous pouvions vivre avec ces lumières dans l’œil, nous faire traîner sur ces quatre roues, avoir dans nos rues ces hommes ornés d’un petit blason sur leur couvre-chef.

    Puis, tristes, ils reprendront leur vol à travers une nuit pareille au jour, vertigineux, avec une hélice quelque part.

    * * *

     

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Décembre 2017 à 08:17

    Hé oui, on est souvent nostalgiques du passé que ceux qui le vivaient l'étaient eux aussi du leur ... et ainsi de suite ...

    Tiens, hier, j'ai eu une NL à laquelle je n'ai jamais pu répondre, puis elle a disparu ...

    C'était une pub, garantie jusqu'en ... je ne sais plus ...

    Bonne fin de semaine, glaciale, soit-disant, mais faut aussi réparer les tuiles qui se sont envolées ...
    Bisoux, cher luc

      • Samedi 16 Décembre 2017 à 07:39

        J'ai supprimé cette publication...sans intérêt.

        Je ne savais pas que tu avais eu une tuile   des tuiles envolées suite à la tempête. Pas d'autres dégâts j'espère.

        Bisous à toi.

    2
    Vendredi 15 Décembre 2017 à 09:09

    Ah nos 'sergots' de ville et nos 'îlotiers' d'antan avec leur képi et leur pélerine ! Nous ne voyons plus désormais dans nos rues que des créatures sorties de 'Goldorak' ! Tenue de combat en tout lieu : il n'y a plus de passants dans nos avenues, seulement des barbares potentiels dont il faut se prémunir. As-tu remarqué, Luc, que la plupart de nos romans, BD, films n'imaginent l'avenir que comme un Moyen-Âge futuriste ? L'ère des Chevaliers de l'Apocalypse.

    Plus sereinement. Nostalgie de l'enfance, quand j'apprenais et récitais, avec délectation, les délicats vers de cette merveilleuse poétesse : Lucie Delarue-Mardrus, épouse du Docteur Mardrus, éminent orientaliste, qui traduisit de l'arabe au français cette énorme somme de textes que constituent 'Les Mille Et Une Nuits'. Ces deux-là étaient du côté de l'émerveillement. Voilà qui nous change d'époque. Nostalgie en effet.

      • Samedi 16 Décembre 2017 à 08:09

        Tout à fait d'accord, on est en pleine période Star Wars...sur terre! 

        J'avais lu quelques poèmes de Lucie Delarue-Mardrus, mais tu m'apprends qu'elle était l'épouse (entre autresoh)du Docteur Mardrus qui s'est donc soigné lui-même en traduisant les contes des Mille Et Une Nuits.clown.

        Ce qui m'a amusé dans cette pensée de Lucie Delarue-Mardrus, c'est qu'en fait, si la technique évolue, la finalité est immuable, et nous restons nostalgique du passé ! 

        Quid du progrès ?

         

         

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